Je me souviens…

C’√©tait il y a un an… Les images du d√©part, avec tous ses espoirs et toutes ses promesses nous reviennent et nous remplissent d√©j√† de nostalgie. Les yeux ferm√©es, le sourire aux l√®vres, les souvenirs se bousculent dans nos m√©moires…

Je me souviens du bleu profond du lac Karakul.

Je me souviens des cafards qui grouillaient dans nos chambres en Inde.

Je me souviens des longues lignes droites au Kazakhstan.

Je me souviens des moines qui faisaient l’√©cole buissonni√®re √† Litang au Tibet.

Je me souviens du bloc de parmesan que des français nous ont offert au milieu de nulle part en Mongolie.

Je me souviens des rizi√®res vert tendre o√Ļflottait le parfum de l’encens.

Je me souviens des courbatures en montant les escaliers.

Je me souviens avoir mangé un poisson délicieusement parfumé dans le desert du Taklamakan.

Je me souviens des fleurs roses emportées par le Gange.

Je me souviens avoir mangé une soupe de nouilles sous le regard en papier glacé de Mao.

Je me souviens des robes jaune safran des moines cambodgiens.

Je me souviens du chant du muezzin à Abbottabad.

Je me souviens des singes qui accourraient quand ils nous voyaient manger des bananes en Inde.

Je me souviens de la statue de Krishna au bord du Brahmapoutre.

Je me souviens des petit-déjeuners baguette-nutella au Cambodge.

Je me souviens du copain de Radjiv au Bangladesh qui aimait tellement la vie.

Je me souviens du lever de soleil sur la cha√ģne des Annapurnas au Nepal.

Je me souviens qu’il n y avait rien d’autre √† manger que quelques pousses de bambou et du riz collant dans un village au Laos.

Je me souviens m’√™tre sentie toute petite au milieu des steppes mongoles.

Je me souviens de la grimace de Caro quand les kashis lui avait donn√© de la noix de betel √† m√Ęcher.

Je ne me souviens plus du nombre de pierres que Ga√ęl a lanc√© sur les chiens tib√©tains.

Pour le meilleur et le pire

La plus belle journee : p√©daler au printemps sous le soleil dans une vallee tibetaine peuplee, qui mene a Derong… (ou…buller au bord de l ocean indien sous les cocotiers ?!!)

La journee la plus pourrie : pedaler sous la pluie en Mongolie, sur de la piste glissante et avec des temperatures proches du zero, se taper un col taille dans le pentu a 5 km de l arrivee et chercher un lit dans une ville a moitie inondee !

Les paysages les plus beaux : Le Konchenzonga en Inde, les glaciers et gorges minerales aux parois verticales au Pakistan, les dunes de sable qui cotoient les montagnes enneigees dans le Xinjiang en Chine, l arrivee sur l Amnye Machen au Tibet.

Les routes les plus moches : dans la region tres industrialisee de Datong en Chine.

Le plus beau bivouac : sur la plage de sable blanc, seuls, en Thailande… ou n importe ou en Mongolie quand il fait beau !

Le bivouac dont on se serait bien passe : nuit blanche au Pakistan, chaleur infernale et des nuees d insectes qui piquent des qu on sort pour avoir de l air !

Les gens les plus chaleureux et accueillants : les pakistanais (surtout ne pas croire tout ce que les medias nous racontent !), suivis de pres par les bangladais.

Les “emmerdeurs“ de premiere categorie : les flics chinois… toujours la pour nous empecher de dormir dans certains hotels, d avoir acces aux cafes internet dans certaines zones ou encore pour nous obliger a prendre des transports payants pour passer leurs frontieres.

Le plat le plus delicieux : les crabes et crevettes de Kep, cuisines au poivre vert de Kampot !

Le pire col : sans nom, en Chine, 4 heures et quart pour venir a bout de 13 kilometres bien pentus, sur de la caillasse.

Le plus bel accueil : celui de notre copain Asif a Gilgit au Pakistan, suivi de celui d Abil Khan, toujours au Pakistan, de Jon, Hemen et Arjun, tous en Inde, dans le nord-est.

Le fou rire : petit dejeuner passe avec un consul mongol base en Russie, qui est en train d essorer sa bouteille de vodka, helas vide !

Les marches les plus etonnants : Shillong dans le Megalaya en Inde et Jinping dans le Yunnan en Chine.

Le moment magique : la premiere baignade dans l ocean indien sur une plage deserte en Thailande… mmmh !

L illumine : un homme de 80ans thailandais qui parlait tres bien anglais et qui savait arreter cyclones et tremblements de terre. Il ne comprenait pas pourquoi les autorites ne faisaient pas appel a lui pour eviter ces catastrophes.

Le plus beau sourire : celui d un ouvrier pakistanais sur le chantier d une route, craquant et eclatant sous une belle moustache !

Le voyage en chiffres

Le temps et l’espace
Partis 373 jours.
Avons roulé 16405 km sur 234 jours, ce qui fait une moyenne de 70 km/jour.

Les petites pannes
20 crevaisons pour Ga√ęl, une pour Caro !
6 rayons cass√©s pour Ga√ęl
3 soudures sur l’attache du porte-bagages avant de Ga√ęl
un petit plateau completement deviss√© (Caro n’a pas vu les vis tomber petit √† petit….!)

Un peu, beaucoup…
Etape la plus courte : 33 km le 4 septembre sur la Karakorum Highway au Pakistan. Un maximum de gadoue a eu raison de nous !
Etape la plus longue : 128 km le 6 octobre au N√©pal. On √©tait en forme, c’√©tait tout plat et la route √©tait asphalt√©e !

Le chaud et le froid
+53 degr√©s celsius le 6 ao√Ľt dans le d√©sert du Taklamakan en plein soleil
-15 degrés celsius sous tente dans la nuit du 25 avril sur le plateau tibétain

Haut, c’est haut !
Altitude maximale : 4824 m, col de Bayar Har Shankou, Chine

Combien ca co√Ľte ? On vous dit tout !
Budget pour nous 2 :
Visas : 2300 euros ; L’avion, 3 fois : 2000 euros ; vaccins : 800 euros ; assurance : 1200 euros ; le quotidien de 373 jours : 9500 euros
Total : 15800 euros (on avait d√©j√† les v√©los et l’√©quipement pour le camping)

…Et des milliers de sourires rapport√©s dans les sacoches !!

Into the wild

Brute, sauvage. Des paysages vierges. Une immensité ourlée de silence.
Seuls, perch√©s sur nos montures m√©talliques, notre route serpente dans la steppe odorante et se perd dans l’azur lointain. Un rapace nous guette du haut d’un poteau √©lectrique. Une borne kilom√©trique √©chapp√©e du temps nous rappelle qu’on est bien dans la bonne direction. Le ronronnement lointain d’un moteur brise agr√©ablement notre solitude dans la promesse d’une poign√©e de coucous et de sourires.

Au d’tour d’virage, derri√®re une colline pa√©e de fleurs sauvages, coule de l’eau. Des troupeaux de chevaux semi-sauvages se gavent de l’√©t√©. Des bergers √† moto coupent √† travers champ pour rassembler leurs troupeaux de vaches et de moutons. Des gamins aux yeux rieurs connaissent leur bonheur et galopent √† tout va sur leurs petits chevaux. Des yourtes fument comme des petites marmites pos√©es sur l’herbe verte. On nous invite parfois √† y boire un th√© au lait sal√© accompagn√© de fromage sec. Aliment√©es par l’√©nergie solaire, t√©l√© et cha√ģne hi-fi tr√īnent comme une fiert√© sur un petit meuble joliment d√©cor√©. Un saut rempli de yaourt frais tra√ģne dans un coin.

Le temps coule lentement, les nuages noirs se bousculent dans le ciel. Tremp√©s de la t√™te aux pieds, nous montons la tente t√īt dans la journ√©e; un cavalier √† l’air malicieux nous observe sans en perdre une miette, il se moque de la pluie. La piste terreuse se gorge d’eau et de gadoue. Quelques dizaines de kilometres plus loin, elle laisse place tant√īt √† de longues distances sablonneuses, tant√īt √† de la t√īle ondul√©e ou encore √† de belles portions caillouteuses. En equilibre instable sur les v√©los, nous pestons contre ce terrain difficile, coupl√© avec un climat exceptionnellement froid et pluvieux en cette saison.

Enfin, au bout de 100 ou 200 kilom√®tres, se dessine au loin le contour d’un hameau aux toits color√©s. Les yeux riv√©s sur le village, comme hypnotis√©s, on se met √† r√™ver de nourritures les plus folles : y aura-t-il des pommes ? Du salami ? Des yaourts ??!!
Dans la rue centrale, poussi√©reuse et d√©peupl√©e, quelques epiceries et restos. Nous scrutons avec soin les √©tag√®res noy√©es sous les g√Ęteaux, sucreries et la vodka. Soudain une √©tincelle : regarde, ils ont des bocaux de carottes r√Ęp√©es !! Au resto d’√† c√īt√©, il n’y a pas trop le choix, √† part manger un plat moutonnesque dans ce coin du bout du monde.

Apres 1000 km de piste mongole, nous arrivons a Tsetserleg, √©puis√©s. Dormir, manger, dormir, manger… Apercevoir des lutteurs mongols imiter un aigle mythique avant le combat, ou une femme au march√© en tenant dans chaque main, par les oreilles, une t√™te de cheval encore sanglante… Puis retourner dormir et manger avant d’attaquer la derni√®re ligne droite du voyage jusqu’√† Oulan-Bator : du soleil et de l’asphalte sur 500 km, fastoche !!

Enfin des photos de la Chine !

Si, si, apres 3 mois et demi en Chine, de nouveau la liberte sur le net !!
Nous sommes a Oulan-Bator et partons decouvrir la Mongolie des demain… Davai !! Zou !!!

Entre Mongolie et Chinoiseries

Essayer de rester zen, ne pas s enerver, ne pas craquer devant des petits chefaillons de bureaucrates qui ont tout pouvoir sur tes entrees et sorties de leur territoire na-tion-al…

- Consulat de Mongolie, Hohhot, Chine

Un homme au teint blafard, aux yeux gris cercles de lunettes noires daigne a peine lever les yeux sur nous quand il nous assomme de son tampon final : 14 jours de visa pour la Mongolie, pas un de plus…
“ Mais c est ridicule ! La Mongolie est un si grand pays ! Si vous ne voulez pas de touristes la-bas, autant ne rien nous donner !“
Rideau. Le guichet se ferme.
On est degoutes. Le visa mongol pourra normalement etre prolonge sur place de 30 jours, mais notre billet d avion de retour etant deja achete, nous n avons pas le choix, il nous faut prolonger notre visa chinois de deux semaines !

- BSP, Bureau de la securite publique, Hohhot

“ Bonjour, nous voudrions faire prolonger notre visa chinois de 15 jours.
- Oui, pour cela, vous devez nous montrer que vous avez assez d argent, soit 100 dollars par jour.
- ???
- Vous devez aller a la banque pour qu ils fassent le recu necessaire.
- Mais on a assez d argent, vous pouvez regarder sur internet notre compte en France !
- Non, il faut que ce soit un compte chinois. Je veux vous aider, on va aller a la banque ensemble.“

Plus tard a la banque :
“ Donnez-nous 1500 dollars !
- Mais c est ridicule, alors c est le prix a payer pour avoir deux semaines d extension de visa ?
- Vous ne les avez pas ?
- Bien sur que si, mais c est n importe quoi ! On laisse tomber…“

- Trois jours de velo plus tard, PSB de Datong

La courtoisie est-elle un defaut ou une qualite ?

“ Bonjour, nous voudrions faire prolonger notre visa chinois de 15 jours.
- Ah non, ce n est pas possible, il faut aller a Beijing. Grands sourires. Blablabla. Il faut aller a Tayuan. Blablabla. Il faut revenir dans quatre jours. Sourires mielleux. Il faut revenir demain. Blblbl. Ah non, la, the visa officer is very busy, come back tomorrow or the day after tomorrow. Blablabla. On a besoin de quels documents ? Rien… Le jour d apres : ah si, il faut revenir avec votre fiche d enregistrement a la police. Sourires de compassions…
En raccourci, de blabla en blabla, de sourires en sourires, de bureaux en bureaux, on s est fait ballader par des policiers pendant huit jours.
Rester zen ? Ne pas craquer ? Impossible ! La courtoisie chinoise est hautement enervante ! Ils se foutent de nous ! Soit ils disent oui, soit ils disent non, mais quel interet de nous faire mariner si longtemps ?
Le dernier jour, apres un enieme `come back in three days`, on s est beaucoup beaucoup enerves… et ca a marche ! On a eu le droit de poser nos fesses sur le joli canape du grand bureau de la Top-visa-officer. Elle nous a dit `Come back at five o`clock this afternoon, your visa will be ready`.

Ouf ! Il n y a plus qu a reprendre la route, vers la Mongolie, cap au nord !!

A en couper le souffle

Le soleil du matin inonde les montagnes blanches d une lumiere eboulissante. Impassibles, les yaks tracent leur chemin dans les champs enneiges, a la recherche de quelques brins d herbe. Elegantes, les gazelles s en vont au trot vers des horizons sauvages. Egarees, des mouettes volent aux sources du fleuve jaune. Fin avril-debut mai, un vent glacial balaye le plateau tibetain.

Bivouac : longitude 34,0 , latitude 97,3 , altitude 4700m
La vie est formidable, si, si, il faut y croire quand on voit le givre forme a l interieur de la tente interieure au petit matin, quand il faut douloureusement s extirper des plumes chaudes de son duvet, quand il faut patienter une bonne demie-heure pour que la neige fonde puis finisse par bouillir pour une petite tasse de boisson chaude dans laquelle on va tremper nos biscuits secs ou quand on decouvre nos gourdes eclatees par le gel !

Le regard se perd dans l horizon lointain ou tout semble plus proche du ciel que de la terre. Silence et demesure. Contemplation de ces etendues sans arbre ou les habitations se font rares. Magie de la belle masse blanche du tres sacre Amnye Machen. Beaute puissante de lacs au bleu profond bordes de sable et de neige. La tete assourdie par le vent omnipresent, les mains coupees par le froid, le souffle court a la recherche d oxygene dans l ascension de hauts cols, nous progressons lentement sur ces terres inhospitalieres.
Enfin se dessinent des trainees de fumee qui s echappent des maisons, des gros chiens qui accourent en aboyant furieusement, des tibetains aux chapeaux de cow-boys pares de pierres turquoises et des moines aux robes rouges qui deambulent parmi des echoppes qui vendent toutes la meme chose. Nous festoyons gaiement chaque arrivee dans des villes baties au milieu de rien et ou tout devient possible : se laver a l aide d une bassine et d un thermos d eau chaude, bruler des crottes de yak dans un poele pour se rechauffer, manger du porc au caramel ou du yak saute aux petits legumes, aller au cafe internet…

Sershul, petite ville tibetaine, gros monastere bouddhiste. Coinces la-bas pour cause de tempete de neige. Spectacle hallucinant et fascinant de dizaines de personnes assises dehors dans une petite cour, faisant tourner leurs moulins a prieres, leurs vetements tapisses par la neige tombant a gros flocons. Face a elles, une petite cabane abritant un moine confortablement installe sur des coussins. Silence, ca dure, on se demande ce que fait le moine ici, a la limite de s endormir. Ca dure. Tout a coup, sans prevenir, il se met a reciter des prieres, sitot relayees par l assemblee… Om mani padne hum, om mani padne hum, om mani padne hum (salut a toi au joyau cache dans le lotus), et les prieres tournent, tournent, tournent…
Au bout de la cour, un temple abritant de tres vieux moulins en peau de yak et une roue de plusieurs metres de haut. La piece est eclairee par de multiples bougies et decoree de posters tres kitchs de lamas. Une trentaine de personnes fusionnent dans leurs croyances en faisant tourner la roue, leurs pas et leurs prieres murmurees d un meme rythme. Un telephone portable sonne, ca ne casse meme pas l ambiance !!
Le lendemain matin, on deambule dans les nombreux batiments du monastere. Par ici, quatre moines chantent des prieres ponctuees de coups de tambour, par la ils sont une dizaine a faire de meme. Une grande salle abrite une ceremonie ou des dizaines de jeunes sont coiffes d un chapeau `croissant de lune` jaune. A la sortie, ils frappent le dos courbe de cinq pelerins avec leurs chapeaux puis s assoient dans la terre mouillee et se recueillent. Vient l heure de l ecole : histoire, maths, chinois ? Et bien non, face au tableau noir, voila que les ecoliers se remettent a rciter des prieres tout en se dandinant de gauche a droite. Un chien se ballade entre les rangs.

Des paysages geants, mais des tempetes de neige qui durent plusieurs jours, des gues a passer, de la glace qui craque, des cols caillouteux a repetition qui cassent les genoux et epuisent le corps… Ouf, c est dur ! On fait du stop : tricycle, camion, minivan… Ah, le doux ronronnement d un moteur, et la vie redevient formidable !!

Il est temps de redescendre de ce plateau tibetain. A 3000m d altitude, c est un plaisir de reentendre des ruisseaux qui bouillonnent, de voir des arbres, de l herbe verte, et meme des fleurs ! On termine nos peregrinations tibetaines en apotheose par l enorme monastere de Labrang. Des centaines de pelerins en font le tour tous les jours en y faisant tourner les 1174 moulins a prieres. D autres dizaines tournent autour en se prosternant a terre tous les trois pas… Tout simplement fascinant et incroyable. Un fort sentiment de nostalgie nous pince deja le coeur quand arrive l heure du depart…

CA A LE GOUT DU TIBET, LA COULEUR DU TIBET

… Mais c est le Sichuan occidental !

Des femmes aux turbans roses qui dirigent la charrue tiree par des yaks et qui labourent la terre juste degelee aux portes du paradis a Shangri-la.

Des moines aux robes rouges, le chapelet qui depasse de leur manteau jaune, qui chevauchent des motos, musique a plein tube et qui nous lancent de grands sourires.

Des hommes aux cheveux tresses de fils rouges et aux coiffes de pierres turquoises qui jouent au billard sous le soleil et les montagnes enneigees.

Des mamies au visage plein de rides qui avancent en murmurant inlassablement des mantras tout en faisant tourner leur petit moulin a prieres.

Un bouc sauvage sacre qui nous course et nous charge, des marmottes qui rigolent, des aigles-roi qui tournoient majestueusement, des vautours qui attendent les prochaines funerailles celestes.

Des drapeaux a prieres multicolores qui claquent au vent.

Des stupas ou les plus ages se retrouvent : ils tournent autour tout en papotant.

Des flics qui nous demandent nos passeports dans la neige et la brise glaciale alors que nous venons juste d atteindre le col a 4685 m.

De chaleureux tibetains aux bouilles bien rondes et rouges qui nous offrent un the sale au beurre rance de yak.

Des maisons gigantesques mais vides, aux belles fenetres sculptees et riches en couleurs.

Des arbres en fleurs, une tempete de neige, une tente givree au matin, des glacons dans la gourde.

Des lunettes de soleil dorees sous leurs chapeaux de cow-boys, manches qui tombent jusqu aux genoux et ceintures colorees auxquelles sont accrochees de grands couteaux : on se croirait dans un veritable western a Litang !

Des monasteres poses dans des sites grandioses, grouillant de moines, et aux decors tres kitch de posters de lamas ou de bouddha. Autels charges d offrandes et paillettes. Grands moulins a prieres aux poignees usees et polies par le temps.

Un campement sur une plage au sable gris dans les gorges minerales du Yang-Tze.

Des tibetains a la peau dure qui prennent un bain de pied dans une riviere glacee.

Des etendues immenses de paysages hostiles, austeres, mais d une beaute a couper le souffle.

Le bonheur des villes retrouvees avec des lits aux couvertures chauffantes et des bons plats sichuanais aux poivres parfumes.

De nombreuses patrouilles de police dans certaines villes, des barrages ou les policiers sont equippes de gilets pare-balle, des check-point ou des touristes se font effacer leurs photos, des cafes internet interdits aux etrangers (cette actualisation se fait dans une petite boutique ou la vendeuse a la gentillesse de nous preter son ordi), des photos toujours impossibles a charger depuis le 1er mars… Il faudra attendre notre retour pour mettre des images sur ces mots et cette region absolument fabuleuse !

Des tribues dans les nuages

1er mars, Lao Cai – Hekou, pont de l amitie sino-vietnamienne. Nous arrivons tout sourire, exhibons fierement notre visa chinois de 90 jours et lancons un grand `Nihao !` a la ronde. Zero question, zero fouille, ca va tres vite, c est tres courtois. Chine, nous sommes de retour !

Une remorque de tracteur ou s entassent des joueurs qui tapent fort le carton, des billets roses de 100 yuans (12 euros) qui circulent de main en main, des cercles de mamies ou de papis assis autour d une table de dominos, des cantines aux effluves delicieuses, un supermarche aux dizaines de rayons ou nous sommes systematiquement pris en filature rapprochee, des magasins aux vitrines allechantes, un DAB qui accepte sans rechigner notre carte bleue. La Chine joue et rigole bien, la Chine cuisine et s en delecte bien, la Chine consomme et son economie se porte bien ! La vie est belle a Hekou… mais quelle idee d aller a l assaut de dizaines de cols caches dans les nuages avec des velos qui pesent trois tonnes ??!!
… Les quelques tribues qui se nichent encore par la, la Chine des campagnes, les gargotes grises egayees par le poster geant de Mao sur fond rouge et jaune… La vraie Chine ? La vieille Chine ?… Allez, en route, Davai !!

Armes de notre carte routiere chinoise, on reste de longues minutes a contempler les panneaux qui bordent la route, en essayant de reconnaitre l ideogramme de notre destination. Serviables, encourageants et chaleureux, les chinois n hesitent pas a nous confirmer que nous sommes bien dans la bonne direction. Pour aller a Jinping, c est la petite route qui grimpe a gauche. Enthousiastes et plein d energie, la frime : on se met sur le plateau du milieu et on se lance en danseuse sur la route 212. Nan, c est une blague !… La montee dure 50 km !

Jour du cheval dans le calendrier chinois, c est jour de marche. Fascinant, le regard est vite deborde, c est du delire !! Il y a des centaines de femmes qui deambulent en costume traditionnel, venant de differentes ethnies. Ici, c est le chapeau rouge pointu qui est a l honneur. Les femmes qui en sont coiffes portent aussi un pantalon entierement brode et eclatant de couleurs. Il y a aussi celles qui ont d enormes tresses et pompons sur la tete, et puis les Yao qui ont une toque carree haute et un jabot de centaines de fils roses. On retrouve aussi des variantes des Hmongs-fleurs qu on avait vues au Vietnam, avec des jupes plissees colorees et collerettes assorties… Les hommes, meme s ils ne portent pas d habits traditionnels, ne sont pas en reste : casquette a la Mao, chemise de grosse facture d ouvrier, la gueule plongee dans leur grosse pipe a eau, et fiers de poser pour la photo ! Que de trombines, que d images !
Stands d acupuncture sur le marche, stand de chamanisme, bocaux de frelons ou de serpents, carapaces de tortues, fraises, pattes de poulet en salade, amulettes en tous genres, cochons, chiens, crapeaux, vieilles cassettes de musique… Tout simplement incroyable comme endroit, hors du temps…

D autres vallees se cachent derriere les cols dans le brouillard des nuages. Des silhouettes portant de lourdes charges se distinguent au dernier moment, les maisons sont grises et pauvres, le linge accroche aux fils reste humide, les chiens tirent en vain sur leur chaine en aboyant furieusement a notre passage, les femmes qui participent aux travaux des routes ou a la maconnerie sont toujours habillees en costume traditionnel, avec de belles pieces de broderie…

A Yuanyang, ou les Hanis ont faconne les montagnes en milliers de rizieres en terrasses, le soleil est furtif, mais nous offre un beau spectacle quand il se couche. Armes d enormes appareils photo sur trepieds, des photographes aux gilets `Nikon` ou au cache-nez `National Geographic` sont installes exactement la ou nous pensions prendre notre plus belle photo… Ah ! Comme des pros !! Ben non !! C est qu on aurait failli se faire avoir ! Ce sont des dizaines de touristes chinois au fort pouvoir d achat qui esperent tout simplement faire la photo du siecle !!

Cela fait maintenant trois semaines que nous roulons en Chine, et ca nous plait vraiment bien. Les gens sont tres differents et beaucoup plus souriants que dans le Xinjiang. Les chinoiseries sont pour l instant peu nombreuses, ouf ! Nous sommes aujourd hui a Dali et serons dans une semaine aux portes du Tibet. On garde un oeil sur la meteo… a plus de 3000 metres d altitude, ca devient un facteur tres important !

Good morning vietnam !

La soiree a ete festive pour les gardes du poste-frontiere laotien : musique a plein tube et parties de petanque. Encore irradies par les ondes sonores, pas bien reveilles, nous plions la tente et montons lentement les 5 km de no man`s land. Au poste-frontiere vietnamien, a 30 km de Dien Bien Phu, nous sommes accueillis par des grands sourires : “Vous etes francais ? Ne vous en faites pas, on ne vous en veut pas du tout, vous etes les bienvenus !” Ouf ! Quel bel accueil !
Le temps de descendre le col et c est un autre univers qu on decouvre : grandes etendues de rizieres d un beau vert tendre, dans lesquelles travaillent des centaines de paysans. Enfin ca bouge, ca grouille, il y a de la vie. Nous avons soudain la sensation d etre exactement la ou il faut, quand il le faut, d etre dans le mouv`. Les femmes font les travaux des champs ou s en reviennent chargees de bois elegamment vetues : chemisier cintre pres du corps, brode sur le devant, jupe longue noire. Leurs longs cheveux fonces sont dresses en chignon sur le haut de la tete et piques par une piece en argent vieille d un siecle, sur laquelle on peut lire `Indochine francaise` ou `Republique francaise`.

Les vietnamiens sont souriants et sympas comme tout : cela faisait longtemps qu on ne nous avait pas invites a boire un the, a fumer une cigarette a travers un gros bambou-pipe a eau, ou encore a boire des verres d alcool de riz accompagne de queue de buffle ou de sang caille aux cacahuetes…

Les montagnes du nord du pays sont peuplees de nombreux groupes ethniques, et c est completement fascinant de pedaler d une vallee a une autre, d une ethnie a une autre. Tantot les femmes sont parees de coiffes a pompons orange vif et ceinturees de plusieurs etoffes aux couleurs fluo, tantot elles sont vetues de larges jupes plissees multicolores, de collerettes assorties et de bandes de tissus enroulees autour des mollets pour en faire des guetres. Leurs accessoires que nous preferons sont les chaussures a hauts talons (completement improbables pour marcher en montagnes), les chapeux ronds d un diametre de 25 a 30 cm desquels pendent des dizaines de cliquetis (pas tres discret des qu on tourne la tete, c est-a-dire souvent), les petits sacs a main a pompons, les poules qu elles trimballent sous le braqs pour aller les vendre au marche, les grosses boucles d oreilles superposees sur le meme lobe pour les femmes les plus agees… C est du delire !!! L impression de debarquer sur une autre planete a la vue de ces centaines de femmes, des plus jeunes aux plus agees, qui perpetuent les traditions au 21eme siecle.

Neuf jours au Vietnam, cela aura ete court, mais intense ! Nous sommes maintenant en Chine, pas tres loin des fameuses rizieres en terrasses de Yuanyang. Jusque fin mai, notre route va sillonner le Yunnan puis remonter vers le nord en longeant la frontiere avec le Tibet.