A en couper le souffle

Le soleil du matin inonde les montagnes blanches d une lumiere eboulissante. Impassibles, les yaks tracent leur chemin dans les champs enneiges, a la recherche de quelques brins d herbe. Elegantes, les gazelles s en vont au trot vers des horizons sauvages. Egarees, des mouettes volent aux sources du fleuve jaune. Fin avril-debut mai, un vent glacial balaye le plateau tibetain.

Bivouac : longitude 34,0 , latitude 97,3 , altitude 4700m
La vie est formidable, si, si, il faut y croire quand on voit le givre forme a l interieur de la tente interieure au petit matin, quand il faut douloureusement s extirper des plumes chaudes de son duvet, quand il faut patienter une bonne demie-heure pour que la neige fonde puis finisse par bouillir pour une petite tasse de boisson chaude dans laquelle on va tremper nos biscuits secs ou quand on decouvre nos gourdes eclatees par le gel !

Le regard se perd dans l horizon lointain ou tout semble plus proche du ciel que de la terre. Silence et demesure. Contemplation de ces etendues sans arbre ou les habitations se font rares. Magie de la belle masse blanche du tres sacre Amnye Machen. Beaute puissante de lacs au bleu profond bordes de sable et de neige. La tete assourdie par le vent omnipresent, les mains coupees par le froid, le souffle court a la recherche d oxygene dans l ascension de hauts cols, nous progressons lentement sur ces terres inhospitalieres.
Enfin se dessinent des trainees de fumee qui s echappent des maisons, des gros chiens qui accourent en aboyant furieusement, des tibetains aux chapeaux de cow-boys pares de pierres turquoises et des moines aux robes rouges qui deambulent parmi des echoppes qui vendent toutes la meme chose. Nous festoyons gaiement chaque arrivee dans des villes baties au milieu de rien et ou tout devient possible : se laver a l aide d une bassine et d un thermos d eau chaude, bruler des crottes de yak dans un poele pour se rechauffer, manger du porc au caramel ou du yak saute aux petits legumes, aller au cafe internet…

Sershul, petite ville tibetaine, gros monastere bouddhiste. Coinces la-bas pour cause de tempete de neige. Spectacle hallucinant et fascinant de dizaines de personnes assises dehors dans une petite cour, faisant tourner leurs moulins a prieres, leurs vetements tapisses par la neige tombant a gros flocons. Face a elles, une petite cabane abritant un moine confortablement installe sur des coussins. Silence, ca dure, on se demande ce que fait le moine ici, a la limite de s endormir. Ca dure. Tout a coup, sans prevenir, il se met a reciter des prieres, sitot relayees par l assemblee… Om mani padne hum, om mani padne hum, om mani padne hum (salut a toi au joyau cache dans le lotus), et les prieres tournent, tournent, tournent…
Au bout de la cour, un temple abritant de tres vieux moulins en peau de yak et une roue de plusieurs metres de haut. La piece est eclairee par de multiples bougies et decoree de posters tres kitchs de lamas. Une trentaine de personnes fusionnent dans leurs croyances en faisant tourner la roue, leurs pas et leurs prieres murmurees d un meme rythme. Un telephone portable sonne, ca ne casse meme pas l ambiance !!
Le lendemain matin, on deambule dans les nombreux batiments du monastere. Par ici, quatre moines chantent des prieres ponctuees de coups de tambour, par la ils sont une dizaine a faire de meme. Une grande salle abrite une ceremonie ou des dizaines de jeunes sont coiffes d un chapeau `croissant de lune` jaune. A la sortie, ils frappent le dos courbe de cinq pelerins avec leurs chapeaux puis s assoient dans la terre mouillee et se recueillent. Vient l heure de l ecole : histoire, maths, chinois ? Et bien non, face au tableau noir, voila que les ecoliers se remettent a rciter des prieres tout en se dandinant de gauche a droite. Un chien se ballade entre les rangs.

Des paysages geants, mais des tempetes de neige qui durent plusieurs jours, des gues a passer, de la glace qui craque, des cols caillouteux a repetition qui cassent les genoux et epuisent le corps… Ouf, c est dur ! On fait du stop : tricycle, camion, minivan… Ah, le doux ronronnement d un moteur, et la vie redevient formidable !!

Il est temps de redescendre de ce plateau tibetain. A 3000m d altitude, c est un plaisir de reentendre des ruisseaux qui bouillonnent, de voir des arbres, de l herbe verte, et meme des fleurs ! On termine nos peregrinations tibetaines en apotheose par l enorme monastere de Labrang. Des centaines de pelerins en font le tour tous les jours en y faisant tourner les 1174 moulins a prieres. D autres dizaines tournent autour en se prosternant a terre tous les trois pas… Tout simplement fascinant et incroyable. Un fort sentiment de nostalgie nous pince deja le coeur quand arrive l heure du depart…

3 commentaires à propos de “A en couper le souffle”

  1. salut a vous deux c’est xav’ et lydie nous sommes de communion ce dimanche 22/05 dans le 29. on vient de lire vos aventures au Tibet vous devez avoir l’onglée avec le givre çà change de nos 22dégrés a plélo. Bientot le retour pour vous dans un mois et demi. On pense fort à vous. Claire et sa famille était à l’apéro chez nous dimanche 15/05. Sylvain va tondre avec xav’mercredi 25/05.Tout roule . Gros Bisous A+.

  2. Quel texte magnifique! On a trop envie de vous suivre, mais en serions nous capables?????
    un grand grand BRAVO à vous deux… c’est trop beau!!!!
    on a super hate voir vos photos… on vous embrasse HYPER fort! les momesavelos

  3. hi good luck guys

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