Voyages précédents

été 2009     Tadjikistan – La route du Pamir

été 2008      De la mer Caspienne à la mer Noire, Transcaucasienne de l’Azerbaïdjan à la Géorgie

 

Tadjikistan – La route du Pamir

ДУШАНБЕ (Douchanbé), juillet 2009

          Rudaki prospekt, Ayni oulitsa, les avenues sont grandes, larges, ombragées et dépeuplées. Les premiers contacts avec les tadjiks se font dans les bazars, grouillants de couleurs, où tout le monde semble s’être donné rendez-vous. Déambulations entre les vendeurs de pains plats décorés, de fruits mûrs appétissants, de bric à brac, de balais, de tissus, d’épices, de viande, de produits laitiers. Nous avons de quoi remplir nos sacoches… Adin, dva, tri ! Ça y est, on est partis, on pédale sur une belle route du Tadjikistan comme on les aime : fondante, bosselée, bombée, craquelée, recousue… La température grimpe jusqu’à 50°C dans l’heure du midi, on monte de 500 à 1000 m de dénivelé positif par jour. Mais pourtant on avance, cyclos heureux, visages fendus par le sourire, des salam alaïkoum, zdrazvoutié et priviet aux détours de chaque village.

          Des femmes aux tenues colorées et des hommes aux chapeaux à pompons nous dévoilent leurs sourires dorés et nous invitent à boire un chaï. La maison s’active, on dresse la nappe en toile cirée, on sort le service à thé et les petites soucoupes pour les biscuits et les bonbons. La conversation se cherche, à tâtons, on se regarde, et finalement ce sont les sourires qui se parlent le plus.

          Les montagnes se découvrent petit à petit. Les sommets sont arrondis. Le blé se coupe à la main et est transporté dans des camions. Des oiseaux bleus colorent ces paysages ocres. Les bergers avancent paisiblement au rythme de leurs moutons. Dans la plaine, on trouve en abondance pastèques, melons et tomates. Pour la récolte du coton, il faut attendre septembre. Sur la route, nous nous abreuvons de coucous, de sourires, de pouces levés et d’encouragements : il n’y a rien de tel pour nous faire avancer dans les côtes plombées par le soleil.

 

          Les arrivées dans les bazars des petites villes sont des moments de fête où nous gavons nos sacoches de denrées fraîches. Les tadjiks nous regardent poser nos vélos dans un coin avec un œil curieux. L’un d’entre eux se décide à venir nous parler : Ad kuda ?!! D’où venez-vous ? Puis deux, puis trois… et c’est vite l’attroupement qui se crée. Un midi, c’est « Tchair » qui nous invite à manger un plov (plat national composé de riz, de carottes et de mouton). Soucieux de notre santé, il nous offre une paire de chaussettes parce que notre route continue vers le Pamir, là où il fait très froid. Quelques heures plus tard, c’est le pharmacien-docteur d’un petit village qui nous offre notre deuxième plov de la journée, directement dans la pharmacie ! Quel accueil ! Tellement naturel et spontané pour eux qu’inhabituel dans nos contrées.

            Le voyage continue vers Kalaïkhum où la route longe la frontière afghane jusqu’à Khorog. Mélange d’asphalte et de piste pris en étau dans un décor très encaissé. La rivière Panj sépare les hautes montagnes tadjikes et afghanes. Torrents glacés et bruyants, paysage ombragé, minéral et gris d’une beauté brute. Le temps s’arrête, on ne pédale plus. On regarde juste pour se remplir de ces instants uniques.

          Le vert des replats le long de la rivière nous ravit particulièrement du côté afghan. Notre position nous offre une vue d’ensemble sur les petits village en terre, les champs délimités par des murets de pierres. Des bœufs arrimés à leurs charrues tracent quelques mètres de sillons. Les femmes qui travaillent au champ sont voilées simplement, alors que d’autres sont cachées dans leur burka. Les hommes sont vêtus en shalwar kameez, les écolières en uniforme. Des jeunes qui se baignent nous font des coucous par-dessus l’eau bouillonnante. Ils nous invitent à venir !… Mais il n’y a pas de pont pour passer en face entre Kalaïkhum et Khorog.

           Les activités, la végétation, les maisons, les gerbes de blé sont les mêmes de chaque côté de la frontière. Il y a pourtant une différence majeure entre les deux pays : la route. En face, seul un sentier à flanc de montagne relie les villages isolés. Il n’est parfois pas plus large qu’un demi-mètre. On y aperçoit des hommes courbés en deux, portant une caisse en bois sur le dos, une femme voilée sur un âne mené par deux hommes. Le sentier monte parfois assez haut, creusé dans la falaise abrupte et verticale. Des hommes y poussent leurs ânes. Il n’y a pas le choix : il faut avancer.

          Dans ce pays de pierres et d’eau, les abricotiers poussent en abondance autour de 1800 m d’altitude. Les abricots sont consommés frais ou mis à sécher pour l’hiver. Généreux, les tadjiks nous en offrent par kilos.

 

          Etourdis par la beauté de ces lieux, comment imaginer des scènes de guerre ayant eu lieu dans les années 80 entre l’URSS et l’Afghanistan ? Et pourtant, la rive tadjike de cette gorge est toujours minée. Quelques panneaux mettent en garde… mais 10 km après le panneau, y a-t-il toujours des mines ? Aucune cartographie de leurs emplacements n’existe. La prudence s’impose. Nous demandons dans les villages un petit bout de terrain pour planter notre tente pour la nuit… mais l’hospitalité tadjike ne nous laisse aucun répit ! Accueillis dans des maisons pamiries, installés sur des tapis, on nous apporte du thé, de la soupe, des œufs, du pain, des abricots, des gâteaux, des chocolats et des bonbons. Sourires, lumière blafarde et regrets du temps soviétique composent les soirées. Tôt réveillés par les coqs, nos hôtes sont prêts à partir aux champs après leur petit déjeuner énergétique : le shirchaï est préparé à partir de thé, de lait et de matière grasse végétale dans lesquels trempent des croûtons.

          A Khorog, la route s’écarte de la rivière Panj et en même temps de l’Afghanistan. L’ascension continue toute en douceur vers le plateau du Pamir : encore 2000 m de dénivelé positif ! C’est à quatre que nous repartons, accompagnés de Damien et de Sandrine, aussi mordus que nous ! Les pics enneigés sont de plus en plus nombreux, les villages se font plus rares. L’espoir de trouver des magasins bien achalandés s’amenuise de jour en jour. Adieu fruits, légumes et boîtes de poisson : nous nous contenterons de nouilles, de gâteaux secs, de barres chocolatées et de bonbons ! L’accueil des tadjiks est toujours aussi incroyable et généreux, avec de nombreuses invitations à boire le thé.

          Paysages minéraux, sources chaudes (brûlantes !), marmottes, premières yourtes et quelques yaks, l’ascension du col de Koy-Tezek commence. La pente se raidit, les vélos dérapent sur les cailloux, le manque d’oxygène commence à se faire ressentir. Une lada orange est en panne, le capot est ouvert. Sous son bonnet à pompons, le conducteur arrose le moteur avec de l’eau. Les femmes restent à l’arrière et nous encouragent. Quelques heures plus tard, on crie victoire à 4271 m d’altitude !! Le pique-nique s’impose : faute de bulles pour fêter l’événement, ce sera salami défraîchi et pain sec !

 

          Le plateau du Pamir est terriblement désertique, aride, imposant. La vue s’ouvre sur des sommets enneigés. C’est trop beau. Une piste s’écarte pour aller à Bulunkul, village reculé au fond d’une vallée. La route est tellement droite qu’elle nous fait perdre nos repères de distance. Les enfants viennent à notre rencontre, on nous offre un pain tout chaud. Perdu dans un coin du monde, cet endroit dégage une ambiance incroyable de sérénité. Des lacs au bleu profond où les regards se noient, des femmes qui lavent leur linge coloré dans de multiples ruisseaux, des jeunes qui jouent au volley dans un décor surréaliste, une yourte kirghize qui se monte avec des bouts de ficelle d’il y a cent ans, des cheminées qui fument dans le matin, odeurs saisissantes de feux de bois, silhouettes qui se découpent dans la brume. Il n’est pas facile de s’arracher de ce lieu, et pourtant notre condition de nomade nous propulse toujours vers l’avant, vers de nouveaux lieux à explorer. Le peu de désordre que notre visite a engendré est déjà du passé, le village peut retrouver sa tranquillité.

          Retour sur la Pamir Highway , la route M41, piste cyclable de luxe, les voitures se font rares, le paysage est grandiose et la vie est belle. A Alichur, le ravitaillement s’impose. Le magasin kirghize est caché dans un coin du village. C’est un peu la dèche, il faudra attendre des jours meilleurs pour se régaler. La vallée est parsemée de yourtes kirghizes, de troupeaux et d’hommes aux chapeaux pointus. Le long de la route, les yourtes-kitchen permettent de faire de bonnes pauses. Intérieur coloré, petite musique, yaourt de yak et crème entière nous revigorent.

          De nouveau la solitude, l’impression d’être sur une autre planète où nous avançons les cinq sens en éveil. Nous croisons un berger avec ses dizaines de moutons. Une longue route l’attend, il a une gourde comme seul bagage. Nomade pour la survie. Nomade pour le plaisir. Deux mondes qui se croisent, avides d’échanges, barrière de la langue, sourires…

          La fin du voyage arrive déjà : Murghab. On ralentit la cadence pour profiter encore de ces instants perchés sur le vélo. La ville est tranquille. Le bazar est un alignement de containers : des dizaines de petites boutiques qui vendent la même chose. Au loin, une belle masse blanche se dessine, c’est le Mustag-Ata, sommet chinois qui culmine à 7546 mètres. La faim nous propulse dans une resto plutôt kitch. Tables isolées par des rideaux, posters de denrées irréelles, musique des années 80. Desireless, voyage, voyage. Trop bon ! Ça y est… on est repartis !!!

 

 
  

 

De la mer Caspienne à la mer Noire

Transcaucasienne de l’Azerbaïdjan à la Géorgie, Juillet-Août 2008

 

           La nuit est encore bien noire sur Bakou, et sur la route qui mène de l’aéroport au centre-ville, le décor est étrange : derricks, leviers de pompage en activité, tuyaux enchevêtrés, chiens errants, le tout baigné dans une forte odeur d’hydrocarbures. Les couleurs chaudes du jour qui se lève apparaissent et se reflètent dans les flaques de pétrole. La banlieue de la capitale se dessine petit à petit. Elle n’en finit pas, la pollution est déjà très forte au petit matin, beaucoup d’immeubles sont en construction, une colonie de femmes nettoie le bord des routes avec des balais.
           La capitale se veut moderne et branchée, il ne reste que peu de bâtiments reflétant le passé de la ville. Il fait beau, la mer brille, ballade le long de la croisette, avec vue sur derricks et grues portuaires. Les pêcheurs à la ligne ignorent les flaques de mazout à la surface de l’eau. Les plages se trouvent à 5 km de la ville. Sur la route qui y mène, un énorme champ de puits de pétrole; face à la plage, une plate-forme off-shore. Le pays est musulman, mais le bikini est de rigueur. La plage est noire, noire de monde. La Caspienne n’attend plus que nous, elle est au moins à 25°C !!

 

           Les premiers kilomètres en dehors de la ville nous plongent dans une autre ambiance : vestiges d’usines, paysages secs et arides. Voulant encore profiter de la Caspienne toute proche, nous campons au bord de l’eau à 70 km au nord de Bakou. C’est tranquille, il y a les vaches sur la plage, un radeau échoué pour le plus grand bonheur des enfants. Pantalon ceinturé, chapeau de cow-boy vissé sur la tête, un vacher plonge la tête la première. Des pique-niqueurs arrivent en soirée, des jeunes forcent un âne à aller dans l’eau, en le prenant par les pattes de devant. Une dernière baignade en regardant le soleil se coucher : alors, elle est pas belle, la vie ?!!

           La transcaucasienne peut commencer, on est bien motivés, à nous les montagnes ! Elles sont arides, il n’y a pas de végétation, pas d’habitation. En quelques heures, l’asphalte va disparaître petit à petit pour faire place à de la piste, qui elle même va se transformer en un chemin composé de gros cailloux. Durant trois jours, il sera souvent impossible de pédaler, qui plus est en montée ! Les rencontres avec les azéris sur la route nous offrent heureusement de belles pauses ! Nous sommes à peine arrivés à Xylyc, petit village perché en haut d’une longue côte, le temps de reprendre son souffle,  qu’on nous offre un siège pour nous reposer, de la pastèque et une boisson fraîche. Un homme manque de mots pour nous parler de son passé douloureux lié à la guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Il n’y a pas d’eau ici, il faut descendre en contrebas à quelques kilomètres. Une  famille joyeuse nous invite de nouveau à boire un thé.
          Le lendemain, nous demandons la route pour le prochain village, Rilimilli. Personne ne le connaît. C’est à environ 20 km, d’après notre carte. Indécision devant une patte d’oie, on y va, on fait demi-tour, on attend que quelqu’un passe… en vain. Bon ben, on prend par là où ça monte le moins !! On pousse les vélos sur 6 ou 7 km, la galère, il est 19h00, on n’a pas avancé aujourd’hui : 24 km en tout, à la vitesse moyenne de 6,69 km/h : waouh !! On entend le ronronnement d’un camion militaire. Il nous embarque avec les vélos pour nous conduire quelques kilomètres plus loin jusqu’à une ferme. C’est encore loin, Rilimilli ??!! Le conducteur place deux bouteilles de vodka dans la mare fraîche de la fontaine, un homme arrive avec un plateau chargé de tomates, concombres, pain, fromage salé et crème à 200 % de matière grasse. Un festin ! Oui, oui, « Sarro ! », à la vôtre !! Euh, on est dans un tel état de fatigue, oui c’est très malpoli, mais on préfère boire de la « voda » (de l’eau) ! La soirée se déroule entre échange de montures : les vélos contre les chevaux, ivresse, rires et blagues. On nous loge dans une ancienne école, avec un grand poster du président azéri au-dessus de notre lit !

          La route descend sur une vallée. Au fond, une petite famille a posé sa tente pour les mois d’été, le troupeau n’est pas loin. Ils nous invitent à boire un thé préparé au samovar. Délice du temps qui s’écoule tout doucement. Le paysage est magnifique et les hommes plein de calme et de sérénité.
          Les retrouvailles avec l’asphalte sont joyeuses et dignement fêtées à la ville : nos sacoches s’alourdissent de délicieuses victuailles. Il reste encore quelques jours avant de franchir la frontière pour la Géorgie.
Dizaines de barbecues et samovars au bord des forêts fraîches.
Zig-zags entre poules et vaches.
Bergers et téléphones portables.
Marchands de pommes et de poires sur le bord des routes.
Nuit dans le Caravansérail de Seki.
Après-midi dans une chaïkana où les hommes sirotent leur thé en jouant aux échecs, au backgammon ou aux dames.
Un âne tire une charrette de pastèques, un policier en dérobe une et nous l’offre. Embarras. Le paysan proteste, nous proposons de la payer pour rattraper le coup de ce policier corrompu. Non catégorique. Nous avons une belle pastèque sur les bras : impossible de l’attacher sur le vélo, il faut la manger maintenant, en regardant la charrette tirée par l’âne repartir.

           Lagodechi, premier village en Géorgie. Une femme souriante nous offre des prunes alors que nous faisons une pause. L’ambiance est différente ici. Les jardins sont très fleuris, la vigne est y abondante. C’est une tradition ancestrale : les Géorgiens font tous leur propre vin. Les voitures se font rares dans cette région et nombreuses sont les carrioles tirées par des chevaux, transportant de l’herbe, des fruits, des familles qui vont faire leurs courses au marché. Un peu plus loin, la Khakhétie, connue pour son vin. Paysages de vignes avec comme toile de fond les montagnes.

          Nous arrivons à Tbilissi, la capitale, lovée autour du fleuve et encerclée de montagnes. De nombreuses chapelles sont perchées sur les hauteurs, les maisons ont de jolis balcons en bois, les sculptures modernes sont légions dans les rues, l’ambiance est bon enfant. Nous sommes immédiatement séduits par la ville. Il reste encore 400 km avant de rejoindre la mer Noire. Alors rien de tel qu’un katchapuri, le plat national, pour reprendre des forces : pain fourré au fromage et garni de fromage ! Bien bourratif !! 

          Tbilissi, Meshkta, Kaspi, Gori, Kutaisi, Senaki, Poti : notre route continue plein ouest.
Vallées verdoyantes plombées de véritables verrues : des villages construits dans les années soviétiques autour d’une usine aujourd’hui complètement délabrée et abandonnée. Les couleurs sont lugubres, les villages se composent de deux ou trois barres d’immeubles. Guettées par l’ennui et le désœuvrement, quelques âmes y vivent encore.
Portrait rouillé de Staline en haut du poteau sur la place du village.
Vastes étendues de blé où nous cherchons l’ombre d’un arbre. Joyeuse pause-déjeuner avec un vacher et ses copains qui travaillent aux champs le matin. L’après-midi est consacrée à la sieste une fois que la bouteille de vodka ou de vin est terminée.
Des villages dévastés, à l’ambiance pesante.
Messe orthodoxe dans une petite église du 7ème siècle. Debout, les femmes devant, les hommes derrière, les popes cachés dans la nef derrière un rideau.

           Gori, la ville de naissance de Staline. Des bâtiments tristes, de larges avenues, quasiment personne en ville. La place centrale avec une grande statue de lui. Beaucoup de vide (ou de place ?). Nous sommes tentés de repartir aussitôt. Mais une mamie nous convie à venir manger dans son resto. Nous sommes les seuls clients, la musique est à fond, la déco est kitch, les assiettes sont copieuses et arrosées de vin fait maison, à mi-chemin entre le goût de la bière et du cidre.

           On est à 35 km de Poti, le port au bord de la mer Noire. Notre tente est plantée dans un grand champ où la vue est bien dégagée. Les vaches arrivent petit à petit, puis le vacher, puis son voisin, puis son frère, puis leurs femmes et leurs enfants. Ça discute dans tous les sens, on forme un joyeux bazar au milieu des vaches, ils nous demandent de déménager notre tente pour aller s’installer chez eux. On reste d’abord à discuter dans leur jardin, au milieu des animaux (vache, poules et veaux), à manger des pommes, des poires, des noisettes. Et puis les femmes s’activent pour le repas : elles préparent des pelmeni (nouilles farcies au fromage), des katchapuris, des pains, des salades de crudités, des frites. Des voisines arrivent et on regarde des clips vidéos sur leur téléphone portable. Il fait déjà bien nuit quand tout le monde se met à table. Il y a tellement à manger qu’il n’y a plus de place sur la table pour poser tous les plats. On boit du vin, du tchatcha (eau-de-vie) et du jus de fraises fait maison. Les anciens ponctuent le repas de nombreux toasts : à la paix dans le monde, aux morts dans les combats, aux frères et aux sœurs, aux parents disparus, à l’amitié franco-géorgienne… La bonne humeur est reine et le repas excellent. On termine la soirée en dansant dans la salle à manger, sur de la musique russe. C’est le bonheur à l’état pur !!

           Enfin Poti, la mer est derrière les grues géantes et les bateaux à quai. Le sable est noir, la plage bondée et jonchée de détritus. Devant, la belle étendue bleue nous ravit. Juste derrière, des immeubles hauts et délabrés. Mais ça ne gâche en aucun cas notre plaisir de se baigner et de porter un toast à la Transcaucasienne !

          Vendredi 8 août 2008 : Ça aurait pu être une belle journée…
Lever tranquille, passage à la gare pour acheter le billet de train pour le retour sur Tbilissi, courses au marché, pique-nique sur la plage, baignades, repos, soleil, vacances, petit resto le soir, terrasse avec vue sur le port, au dodo…. Et puis vers 1h00 du matin, gros fracas, explosions. On ouvre les rideaux, on est à 2 mètres de l’enceinte du port : fumées et balles traçantes, réplique de la défense anti-aérienne : Poti est sous les bombes russes. Panique à bord, les lignes téléphoniques sont coupées, pas moyen de savoir ce qui se passe. Le gars de l’appart où nous louons une chambre nous demande de prendre juste le plus important, passeports et argent. Arrivés dans la rue, un homme vient voir notre hôte pour lui dire que sa mère et un ami à lui sont morts. Ils s’en vont ensemble. Nous restons seuls dehors : que faire, où aller ??! Un policier arrive alors et nous demande d’aller au poste avec lui, nous y passerons la nuit.
          Au petit matin, le bilan est lourd : 8 morts et 50 blessés dans le port de Poti. Toutes les villes par lesquelles nous sommes passées ont aussi été bombardées : Senaki, Kutaisi, Gori, les environs de Tbilissi. Les évènements nous laissent complètement abasourdis d’incompréhension, les faits et l’ambiance sont surréalistes. Nous retournons à l’appart pour prendre nos affaires. Notre hôte est allongé dans le canapé. Les rumeurs sur sa mère et son ami n’étaient heureusement pas vraies. Son regard est vide, il a le teint blafard. Il ne comprend pas ce qu’il se passe. Why ? L’émotion, l’incompréhension, la prise de conscience d’être passé juste à côté des bombes remplissent l’appart de silence. Les mots sont difficiles à trouver et nous avons l’impression de fuir comme des lâches : notre passeport nous le permet.
           Un taxi nous emmène 100 km plus au sud, à Batoumi, à la frontière avec la Turquie. Station balnéaire à l’heure du petit déjeuner, qui ne croit pas un mot de ce que nous racontons, même si certains se demandent pourquoi le journal d’informations a été annulé ce matin à la télé. Un coup de téléphone à l’ambassade de France nous confirme qu’il faut quitter le pays au plus vite.
         Les kilomètres qui nous arrachent de la Géorgie et qui nous ramènent vers l’ouest nous laissent un goût amer dans la bouche…

 

5 commentaires à propos de “Voyages précédents”

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